Blocs de compétences : définition, obligations et stratégie pour votre organisme de formation
« Peut-on vendre un seul module de notre titre RNCP en CPF ? » La réponse tient en deux mots — blocs de compétences — et elle change la manière de construire un catalogue. Introduits par la loi du 5 septembre 2018, les blocs permettent de découper une certification professionnelle en unités validables séparément, finançables individuellement, et définitivement acquises. Pour un organisme de formation, c’est à la fois une opportunité commerciale réelle et un terrain d’obligations précises : intitulés exacts, habilitation du certificateur, évaluation conforme. Voici comment le dispositif fonctionne et comment en tirer parti sans faux pas.
Ce qu’est un bloc de compétences : la définition légale
L’article L. 6113-1 du Code du travail, issu de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, définit les blocs de compétences comme des « ensembles homogènes et cohérents de compétences contribuant à l’exercice autonome d’une activité professionnelle », pouvant être évaluées et validées. Trois idées structurent cette définition :
- Homogène et cohérent : un bloc n’est pas un chapitre de cours ni un module marketing, mais un sous-ensemble du référentiel qui a un sens professionnel propre ;
- Contribuant à l’exercice autonome d’une activité : chaque bloc doit être utilisable en situation de travail, indépendamment des autres ;
- Évaluable et validable séparément : chaque bloc possède ses propres modalités d’évaluation, définies par le certificateur.
Le découpage en blocs est obligatoire pour toutes les certifications enregistrées au RNCP. À l’inverse, les certifications du Répertoire Spécifique n’ont pas de blocs : elles attestent d’une compétence complémentaire ou transversale qui forme un tout — c’est l’une des différences de fond entre les deux répertoires, détaillée dans notre guide sur l’enregistrement d’une certification au RNCP ou au Répertoire Spécifique.
À quoi servent les blocs : modularité, acquisition définitive, passerelles
Le dispositif poursuit un objectif clair : rendre les certifications accessibles à des adultes qui ne peuvent pas suivre un parcours long d’un seul tenant. Concrètement :
- Parcours modulaires : un candidat peut préparer et valider les blocs un par un, à son rythme, en alternant périodes de formation et périodes d’activité ;
- Validation partielle définitivement acquise : un bloc validé le reste, sans limite de durée — le candidat qui interrompt son parcours ne repart jamais de zéro ;
- Passerelles avec la VAE : la validation des acquis de l’expérience peut porter sur un ou plusieurs blocs ; un candidat peut ainsi obtenir certains blocs par la VAE et d’autres par la formation, un montage que structure l’accompagnateur de parcours VAE.
Cette logique d’unités capitalisables rejoint ce que la recherche anglo-saxonne appelle les stackable credentials. Une étude de Bailey et Belfield publiée en 2017 par le Community College Research Center de l’université Columbia (« Stackable Credentials: Awards for the Future? », Working Paper No. 92) montre que les certifications empilables facilitent effectivement le retour en formation des adultes, mais que les gains salariaux se concentrent surtout lorsque l’empilement débouche sur une certification complète — un empilement inachevé rapporte peu (voir l’étude sur Google Scholar). Leçon directe pour votre pédagogie commerciale : vendre un bloc isolé est légitime, mais accompagner le stagiaire vers la certification complète est ce qui crée le plus de valeur pour lui.
Ce que les blocs changent pour votre catalogue
Vendre une formation préparant à un seul bloc
C’est l’usage commercial le plus direct : proposer une formation qui prépare à un bloc d’une certification RNCP. Les atouts sont réels :
- Éligibilité CPF : une action sanctionnée par un ou plusieurs blocs d’une certification RNCP active est finançable par le CPF, publiable sur EDOF via votre référencement EDOF ;
- Format plus court, tarif plus accessible : là où un titre complet exige des centaines d’heures, un bloc se prépare en quelques dizaines — un format qui correspond au budget CPF moyen d’un actif ;
- Cible élargie : les salariés en poste, qui ne peuvent pas s’absenter six mois, deviennent des clients réalistes pour un bloc suivi en parallèle de leur activité.
À noter : les certifications du Répertoire Spécifique, non découpées en blocs, sont désormais soumises à un plafond CPF de 1 500 € ; les blocs RNCP ne relèvent pas de ce plafond, ce qui renforce l’intérêt du positionnement RNCP pour les offres modulaires.
Les obligations à respecter
Vendre un bloc ne s’improvise pas :
- Être légitime sur la certification : soit vous êtes vous-même le certificateur, soit vous êtes un organisme préparant ou habilité par le certificateur. Depuis le décret n° 2025-500, cette habilitation obéit à un cadre réglementaire strict — périmètre formation et/ou évaluation, respect du référentiel, volumes horaires — détaillé dans notre article sur l’organisme partenaire habilité.
- Évaluation et validation par le certificateur : c’est le certificateur (ou l’organisme qu’il a habilité à évaluer) qui valide le bloc selon son référentiel d’évaluation. Former à un bloc sans organiser son évaluation conforme revient à vendre un parcours sans sanction — et à sortir du cadre CPF.
- Mentions exactes dans le devis et le programme : intitulé exact du bloc tel qu’il figure sur la fiche RNCP, code RNCP de la certification de rattachement, modalités d’évaluation. Un intitulé approximatif ou embelli est une source d’écart en audit et de litige avec le financeur.
Les limites du dispositif : ce que les blocs ne font pas
| Idée reçue | Réalité |
|---|---|
| « Valider tous les blocs donne le titre » | Non : les conditions de délivrance de la certification complète sont fixées par le certificateur (épreuve finale, expérience requise, mémoire…) |
| « Toute certification a des blocs » | Non : seules les certifications RNCP en ont ; le Répertoire Spécifique n’en a pas |
| « Je peux découper mon offre comme je veux » | Non : les blocs sont définis dans la fiche RNCP par le certificateur, pas par l’organisme de formation |
| « Un bloc, c’est un module de mon programme » | Pas nécessairement : votre découpage pédagogique doit se caler sur les blocs officiels, pas l’inverse |
Retenez la première ligne, la plus contre-intuitive : l’empilement de blocs ne délivre pas automatiquement le titre complet. Le candidat qui a validé tous les blocs doit encore satisfaire aux conditions de délivrance fixées par le certificateur. Votre discours commercial doit être honnête sur ce point, sous peine de créer une attente que vous ne maîtrisez pas.
Stratégie catalogue : découper pour mieux financer
Pour un organisme dont l’offre phare est un parcours long, la stratégie des blocs consiste à décliner le même contenu en plusieurs portes d’entrée : le parcours complet pour les demandeurs d’emploi et les reconversions financées, et des formations par bloc pour les salariés en poste qui mobilisent leur CPF sur un format court. Chaque bloc devient une fiche EDOF distincte, un devis distinct, une cible distincte — sans dupliquer l’ingénierie pédagogique, puisque le référentiel est le même.
Deux garde-fous : le découpage doit suivre les blocs officiels de la fiche RNCP (pas un saucissonnage commercial), et chaque vente de bloc doit s’accompagner d’une information claire sur le chemin restant vers la certification complète — ce qui distingue une formation certifiante d’une formation simplement qualifiante.
Passez à l’action
Structurer une offre par blocs exige des programmes, devis et preuves d’évaluation irréprochables : le Kit Certif Complet à 297 € fournit les trames conformes pour documenter chaque parcours, l’ebook Créer son organisme de formation en 30 jours à 67 € vous guide dans le choix de votre positionnement certifiant dès le lancement, et le Pack Kit + Ebook à 347 € réunit les deux pour bâtir un catalogue finançable de bout en bout.
Questions fréquentes
+Une formation préparant à un seul bloc de compétences est-elle éligible au CPF ?
Oui, dès lors que la certification RNCP dont le bloc fait partie est elle-même enregistrée et active. Le CPF finance les actions sanctionnées par une certification enregistrée ou par un ou plusieurs blocs de compétences d'une certification RNCP. La fiche EDOF et le devis doivent alors mentionner l'intitulé exact du bloc et le code RNCP de la certification de rattachement.
+Un bloc de compétences validé reste-t-il acquis si le stagiaire arrête son parcours ?
Oui, c'est le principe central du dispositif : la validation d'un bloc est définitivement acquise. Le bénéficiaire peut interrompre son parcours et le reprendre des années plus tard sans repasser les blocs déjà validés, y compris par la VAE, tant que la logique de la certification le permet selon les règles du certificateur.
+Les certifications du Répertoire Spécifique ont-elles des blocs de compétences ?
Non. Le découpage en blocs est propre aux certifications professionnelles enregistrées au RNCP. Les certifications du Répertoire Spécifique attestent d'une compétence complémentaire ou transversale et ne sont pas structurées en blocs — c'est l'un des critères qui distinguent les deux répertoires tenus par France Compétences.
+Valider tous les blocs d'une certification donne-t-il automatiquement le titre complet ?
Non. Les conditions de délivrance de la certification complète sont fixées par le certificateur : elles peuvent inclure une épreuve finale transversale, un mémoire, une expérience professionnelle ou d'autres exigences au-delà de la somme des blocs. L'empilement de blocs est un chemin vers le titre, pas un droit automatique à son obtention.