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Certiphyto JEVI : ce que doivent savoir paysagistes, collectivités et golfs

Le Certiphyto est souvent associé à l’agriculture. Il concerne pourtant tout un pan de professionnels qui ne cultivent rien : paysagistes, agents d’espaces verts, gestionnaires de golfs et de terrains de sport, gestionnaires d’infrastructures. C’est le secteur JEVI — jardins, espaces végétalisés et infrastructures —, l’un des deux secteurs pour lesquels le certificat est délivré. Et c’est aussi le secteur où le cadre a le plus changé.

Deux secteurs, deux certificats

Le Certiphyto se demande pour un secteur, et cette mention figure sur le document délivré.

Le secteur agricole couvre les productions végétales et l’élevage. Le secteur JEVI couvre les espaces verts publics et privés, les terrains de sport, les cimetières, les voiries, les golfs, les emprises ferroviaires et autoroutières, les jardins d’entreprise.

Cette séparation n’est pas administrative : les contenus de formation diffèrent réellement. Un traitement en vigne se raisonne face à un parcellaire agricole ; un traitement sur un terrain de sport se raisonne face à des joueurs, des riverains, des enfants, un stade rouvert le lendemain. Les enjeux de proximité des publics, de zones non traitées, de signalétique et de délais de réentrée y occupent une place que le secteur agricole ne connaît pas au même degré.

Se tromper de secteur à l’inscription conduit à un certificat qui ne couvre pas votre activité réelle. La vérification se fait au moment de choisir la session, auprès de l’organisme habilité — la liste des organismes est publiée par la DRAAF de chaque région.

Ce que les interdictions successives ont changé

Le JEVI est le secteur où l’usage des produits phytopharmaceutiques s’est le plus réduit, en deux temps.

Depuis le 1er janvier 2017, l’État, les collectivités territoriales et les établissements publics ne peuvent plus utiliser de produits phytopharmaceutiques pour l’entretien des espaces verts, des forêts, des promenades et des voiries accessibles au public. Depuis le 1er janvier 2019, les jardiniers amateurs ne peuvent plus acheter, utiliser ni détenir de produits chimiques de synthèse pour un usage de jardinage.

Ces deux dates ont profondément transformé le métier : le « zéro phyto » est devenu, dans une large part des espaces publics, la règle et non l’objectif. Des exceptions et des situations particulières subsistent néanmoins — certains terrains de sport, certaines infrastructures, certains cas dérogatoires —, de même que le champ des produits de biocontrôle et des produits utilisables en agriculture biologique, dont les conditions d’emploi sont propres.

D’où la question que beaucoup se posent : à quoi sert encore le certificat ?

Pourquoi le Certiphyto JEVI reste nécessaire

Trois raisons, très concrètes.

Parce que des usages demeurent. Le certificat reste exigé de toute personne qui utilise à titre professionnel des produits phytopharmaceutiques dans le champ JEVI, dans les situations où cet usage demeure autorisé. Il conditionne également l’achat de ces produits auprès d’un distributeur.

Parce que les prestataires interviennent aussi sur des espaces privés. L’interdiction de 2017 vise les personnes publiques et les espaces accessibles au public. Une entreprise du paysage qui intervient pour des clients privés, un gestionnaire de golf, un gestionnaire d’infrastructure restent dans le champ du certificat.

Parce que le contenu de la formation a suivi. Une session JEVI d’aujourd’hui consacre une part importante de son temps à ce qui est interdit, aux alternatives — gestion différenciée, désherbage mécanique et thermique, paillage, choix des végétaux, biocontrôle — et à la conduite à tenir vis-à-vis des publics. Le certificat est devenu autant une culture réglementaire qu’une autorisation d’agir.

Catégories : la même grille, un autre terrain

Les catégories du secteur JEVI sont celles du dispositif général. La question à trancher reste la même : décidez-vous, ou exécutez-vous ?

  • Décideur en entreprise soumise à agrément (DESA) — le responsable qui décide des traitements réalisés chez des tiers. C’est la catégorie des dirigeants et chefs d’équipe d’entreprises du paysage travaillant pour des clients.
  • Décideur en entreprise non soumise à agrément (DENSA) — le responsable qui décide pour les espaces gérés en propre, par exemple au sein d’une structure entretenant ses propres surfaces.
  • Opérateur — l’agent ou le salarié qui applique en suivant les consignes.

À cela s’ajoutent, pour les distributeurs, les certificats de la mise en vente et de la vente, et, pour les prescripteurs, le certificat de conseil. Notre article dédié détaille les frontières et les cas limites : quelle catégorie de Certiphyto choisir.

Rappel important pour les entreprises prestataires : le Certiphyto certifie une personne, l’agrément certifie une structure. Une entreprise du paysage qui applique des produits chez des tiers a besoin des deux.

L’enjeu de santé au travail, souvent sous-estimé

Le JEVI a longtemps été considéré comme moins exposé que l’agriculture, au motif de volumes plus faibles. Les données invitent à la prudence : ce ne sont pas seulement les quantités qui déterminent l’exposition, mais les gestes.

L’étude PESTEXPO, menée en viticulture, a montré que la phase de pulvérisation représente environ la moitié de la contamination dermique des opérateurs, la préparation de la bouillie et le nettoyage du matériel se partageant l’autre moitié (Baldi, Lebailly, Rondeau et al., Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology, 2012). Or, préparer et nettoyer sont exactement les gestes que l’on réalise dans un local technique de collectivité comme dans une cave viticole. Les travaux menés dans le cadre de la cohorte AGRICAN sur la santé des professionnels des espaces verts confirment l’intérêt de ne pas traiter ce public comme une population marginale (voir les travaux).

Une remarque de méthode, valable pour toute formation réglementaire : les revues systématiques consacrées aux interventions éducatives sur les pesticides concluent qu’elles améliorent nettement les connaissances des participants, mais bien plus faiblement leurs comportements — sauf lorsqu’elles combinent plusieurs leviers et prévoient un suivi dans la durée (voir la revue publiée dans PLOS One en 2021). Pour un responsable de service espaces verts, la conséquence est simple : la session Certiphyto est un point de départ, pas un aboutissement. Ce sont les consignes internes, l’organisation du local phytosanitaire et les équipements réellement disponibles qui font la différence.

Passez à l’action

Faites l’inventaire : quels usages subsistent réellement dans vos espaces, qui les met en œuvre, et chacune de ces personnes détient-elle un certificat JEVI en cours de validité et dans la bonne catégorie ? Complétez par la vérification de l’agrément si vous intervenez chez des tiers. Le parcours d’obtention pas à pas est décrit dans notre guide, et la fiche du Certiphyto récapitule catégories, démarches et textes de référence.

FAQ

Questions fréquentes

+Qu'est-ce que le secteur JEVI ?

JEVI signifie « jardins, espaces végétalisés et infrastructures ». C'est l'un des deux secteurs pour lesquels le Certiphyto est délivré, l'autre étant le secteur agricole. Il couvre notamment les espaces verts, les terrains de sport, les cimetières, les voiries, les golfs et les emprises ferroviaires ou autoroutières.

+Un agent de collectivité a-t-il encore besoin d'un Certiphyto ?

Cela dépend des usages qui subsistent dans sa collectivité. L'usage de produits phytopharmaceutiques est interdit à l'État, aux collectivités et aux établissements publics pour l'entretien des espaces verts, promenades, voiries et forêts accessibles au public depuis le 1er janvier 2017. Le certificat reste nécessaire pour les usages qui demeurent autorisés et pour les agents qui manipulent des produits dans ce cadre.

+Un paysagiste qui intervient chez des particuliers doit-il un Certiphyto JEVI ?

Oui, s'il utilise des produits phytopharmaceutiques à usage professionnel. Il relève du secteur JEVI, et sa catégorie dépend de son rôle : décideur en entreprise soumise à agrément s'il décide des traitements réalisés chez des tiers, opérateur s'il applique en suivant des consignes. L'entreprise elle-même relève par ailleurs de l'agrément prévu pour l'application en prestation de services.

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