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Les critères impératifs de la certification HAS : pourquoi ils décident de tout

Dans le référentiel de certification des établissements de santé, tous les critères ne se valent pas. Certains s’apprécient dans un ensemble, où un point faible peut être équilibré par un point fort. D’autres, non : ce sont les critères impératifs, et ils décident de l’essentiel.

Le 6e cycle, applicable aux visites à compter de septembre 2025, en porte le nombre de dix-sept à vingt et un. Quatre exigences supplémentaires basculent donc d’une logique de progression à une logique de seuil. Pour une direction qualité, ce n’est pas une nuance de vocabulaire.

Trois niveaux d’exigence, une seule qui ne pardonne pas

Le référentiel du 6e cycle compte cent dix-huit critères, répartis sur trois chapitres — le patient, les équipes de soins, l’établissement — et douze objectifs. Ces critères se distribuent sur trois niveaux :

Niveau Ce qu’il signifie
Critère impératif Exigence non négociable pour la sécurité des patients ; ne se compense pas
Critère standard Exigence attendue de tout établissement, appréciée dans un ensemble
Critère avancé Exigence qui valorise les établissements les plus engagés, sans être attendue de tous

La quasi-totalité des critères sont des standards. Les avancés sont peu nombreux. Les impératifs, eux, sont ceux dont l’échec pèse le plus directement sur la décision finale.

Ce que « ne se compense pas » veut dire en pratique

Un établissement peut afficher un tableau d’ensemble très correct — des équipes engagées, des indicateurs en progression, une gouvernance qualité structurée — et voir sa décision dégradée parce qu’une exigence impérative n’est pas satisfaite.

C’est le point que les équipes de direction intègrent souvent trop tard. La logique intuitive du « nous sommes bons globalement » ne s’applique pas à ce sous-ensemble. Un impératif est un seuil : il est franchi ou il ne l’est pas.

La conséquence est méthodologique, et elle est simple : les critères impératifs ne doivent pas être noyés dans le plan qualité annuel. Ils méritent un tableau de bord distinct, suivi au niveau de la direction, avec un responsable identifié par critère.

La méthode : trois gestes

Premier geste — cartographier. Reconstituez la liste des critères impératifs applicables à votre périmètre à partir de la version officielle du référentiel publiée par la HAS. Cette liste dépend de vos activités : un établissement de médecine-chirurgie-obstétrique, un établissement de psychiatrie et une structure d’hospitalisation à domicile ne sont pas exposés aux mêmes exigences de la même façon.

Deuxième geste — chercher la preuve, pas la procédure. C’est la nuance qui sépare une préparation efficace d’une préparation coûteuse. Sur un critère impératif, la question n’est pas « avons-nous un protocole ? » mais « qu’est-ce qui prouve qu’il est appliqué, par tous, y compris la nuit, le week-end et en période de tension ? ». Une procédure parfaitement rédigée mais inconnue des équipes de nuit ne survit pas à un patient traceur.

Troisième geste — tester à blanc. Une évaluation interne conduite sur un critère impératif avec la méthode de la visite — patient traceur, traceur ciblé — vaut mieux que dix réunions de préparation. C’est aussi le seul moyen fiable de découvrir les écarts pendant qu’il reste du temps pour les traiter. Nous détaillons ces méthodes dans notre guide sur la visite de certification HAS et ses cinq méthodes d’évaluation.

Le piège du critère « traité sur le papier »

Il existe une manière de rater un critère impératif tout en croyant l’avoir traité : produire le document attendu sans changer la pratique.

Le mécanisme est connu de toutes les démarches qualité. On identifie l’exigence, on rédige la procédure, on la diffuse, on coche la ligne. Personne ne ment ; simplement, rien n’a bougé sur le terrain. Et l’évaluation externe, elle, n’évalue pas la ligne cochée.

La littérature sur l’accréditation hospitalière décrit précisément ce risque. La revue systématique de Brubakk et ses coauteurs, publiée en 2015 dans BMC Health Services Research, souligne la difficulté à établir un lien robuste entre accréditation et amélioration des résultats, et invite à la prudence sur les effets attendus de ces dispositifs (voir l’étude). L’analyse en série temporelle interrompue de Devkaran et O’Farrell, publiée la même année dans la même revue, apporte un éclairage complémentaire souvent cité : la performance mesurée sur les critères qualité varie selon la position dans le cycle d’accréditation, avec un effet de préparation avant la visite (voir l’étude).

Autrement dit : le pic d’effort avant la visite est un phénomène documenté. Un établissement qui ne travaille ses impératifs que dans les mois précédant l’échéance obtient une photographie flatteuse et repart au même point. Ce n’est pas une fatalité, c’est un choix de pilotage.

Ce qui change entre dix-sept et vingt et un

Quatre critères impératifs de plus, cela signifie quatre sujets sur lesquels l’établissement n’a plus de marge de compensation. Trois réflexes s’imposent quand on passe d’un cycle à l’autre :

  1. Comparer les deux listes. Les critères nouvellement impératifs sont, par définition, des sujets que l’établissement traitait jusqu’ici en régime standard. C’est là que se cachent les mauvaises surprises.
  2. Vérifier l’antériorité des preuves. Un critère qui devient impératif exige souvent une traçabilité qui ne s’improvise pas — un historique, une périodicité, des comptes rendus. Si la preuve doit couvrir plusieurs mois, il faut s’y prendre plusieurs mois à l’avance.
  3. Réaffecter les moyens. Un tableau de bord d’impératifs sans temps de travail dédié est un vœu. Le passage de dix-sept à vingt et un critères doit se traduire dans les arbitrages, pas seulement dans les diapositives.

Le contexte général du 6e cycle — structure du référentiel, orientations affichées, ce qui ne change pas — est présenté dans notre article sur le référentiel HAS 2025.

Passez à l’action

Si vous ne faites qu’une chose cette année, faites celle-là : sortez la liste des vingt et un critères impératifs applicables à votre périmètre, attribuez un responsable à chacun, et fixez pour chacun la preuve attendue plutôt que la procédure à rédiger. Vérifiez ensuite, par une évaluation interne menée avec les méthodes de la visite, que cette preuve existe réellement sur le terrain. Pour l’ensemble du dispositif — obligation légale, méthodes de visite, niveaux de décision, cycle de quatre ans —, consultez notre fiche sur la certification HAS des établissements de santé.

FAQ

Questions fréquentes

+Qu'est-ce qu'un critère impératif dans le référentiel HAS ?

C'est un critère qui traduit une exigence que la HAS considère comme non négociable au regard de la sécurité des patients. Il se distingue des critères standards, attendus de tous mais qui s'apprécient dans un ensemble, et des critères avancés, qui valorisent les établissements les plus engagés sans être attendus de tous.

+Combien y a-t-il de critères impératifs dans le 6e cycle ?

Le référentiel du 6e cycle, applicable aux visites à compter de septembre 2025, en compte vingt et un, contre dix-sept dans le cycle précédent. Ils s'inscrivent dans un référentiel de cent dix-huit critères répartis sur trois chapitres et douze objectifs.

+Un bon résultat global compense-t-il l'échec sur un critère impératif ?

Non, et c'est toute la différence avec les autres critères. Le caractère impératif signifie précisément que l'exigence ne se compense pas par de bons résultats ailleurs. C'est pourquoi ces critères méritent un pilotage distinct du plan qualité général.

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