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Qualiopi et formation des élus locaux : la dérogation des 150 000 euros

C’est la question la plus posée par les organismes qui découvrent le marché de la formation des élus locaux : faut-il, en plus de l’agrément ministériel, être certifié au titre du Référentiel national qualité ? La réponse tient en une règle et une exception étroite, dont le maniement décide de la trajectoire de croissance d’un organisme.

Deux dispositifs qui ne se remplacent pas

Avant la question du seuil, il faut poser la distinction, parce que la confusion est fréquente et coûteuse.

L’agrément répond à la question : avez-vous le droit d’intervenir ? C’est une autorisation d’exercer sur un segment réservé, délivrée par le ministre chargé des collectivités territoriales après avis du Conseil national de la formation des élus locaux. Sans lui, les formations liées à l’exercice du mandat ne sont ni imputables sur le budget formation de la collectivité, ni finançables par le droit individuel des élus.

La certification Qualiopi répond à une autre question : votre processus de formation est-il conforme ? Elle est délivrée par un organisme certificateur accrédité, sur la base d’un audit, et conditionne l’accès aux fonds publics et mutualisés.

Les deux se cumulent. Un organisme certifié mais non agréé ne peut pas former les élus dans le cadre financé ; un organisme agréé mais non certifié se heurte, hors dérogation, à l’obligation de certification. Aucun des deux ne dispense de l’autre.

La dérogation, condition par condition

L’obligation de certification qualité s’applique au champ de la formation des élus locaux depuis le 1er janvier 2024. Une dérogation existe, et elle repose sur deux conditions cumulatives.

Condition 1 — L’exclusivité. Les actions de formation de l’organisme doivent être exclusivement destinées aux élus locaux. Ce n’est pas une appréciation de fait laissée au bon vouloir : les statuts de l’organisme doivent explicitement indiquer que l’activité de formation se limite aux élus locaux. Un organisme qui forme par ailleurs des agents territoriaux, des salariés d’entreprise ou des demandeurs d’emploi sort du champ de la dérogation, même si cette activité est marginale.

Condition 2 — Le seuil de 150 000 euros. Le montant total annuel des sommes perçues des collectivités territoriales au titre de la formation de leurs élus et du fonds du droit individuel à la formation des élus locaux doit rester inférieur à 150 000 euros. Le seuil s’apprécie sur la somme des deux circuits, pas sur chacun séparément.

Retenez la mécanique : les deux conditions se cumulent, donc la chute de l’une suffit à faire tomber la dérogation. Une seule commande d’entreprise financée par un opérateur de compétences, ou un franchissement du seuil sur un exercice, et l’organisme bascule dans le régime de droit commun.

Le piège de croissance

La dérogation est confortable la première année. Elle devient un plafond de verre ensuite, pour une raison de calendrier : une certification ne s’obtient pas dans le mois. Il faut choisir un certificateur accrédité, préparer son système documentaire, planifier l’audit initial et corriger d’éventuels écarts.

Or les deux événements qui font tomber la dérogation — la commande hors public élu et le franchissement du seuil — arrivent tous les deux sans préavis. Un organisme qui découvre en novembre qu’il a dépassé 150 000 euros sur l’exercice ne peut pas être certifié pour janvier.

La conclusion pratique est simple. Si votre trajectoire vous mène vers l’un ou l’autre de ces deux bornes — croissance du chiffre d’affaires sur le segment élus, ou ouverture à d’autres publics — engagez la démarche de certification avant d’y être contraint, et non le jour où le seuil est franchi. Le coût d’une certification anticipée est un coût maîtrisé ; le coût d’une certification en urgence est une interruption d’activité.

Un point de vigilance supplémentaire pour ceux qui restent sous la dérogation : la clause d’exclusivité inscrite dans les statuts est une contrainte juridique réelle. Elle vous ferme la porte de tout autre marché tant qu’elle est là. Ce n’est pas une case à cocher, c’est un choix de modèle économique.

Ce que dit la recherche sur ce type de seuils

Le modèle français cumule une autorisation sectorielle et une certification transversale. C’est une architecture exigeante, et elle n’est pas la norme internationale.

Le rapport Quality Matters, publié par l’OCDE sous la direction de Ricardo Espinoza et Nerea Martinez-Yarza, compare les mécanismes d’assurance qualité de la formation des adultes dans les pays de l’organisation. Il relève qu’une minorité seulement de ces mécanismes exigent des prestataires un certificat qualité externe délivré par un organisme accrédité, la plupart s’appuyant sur des exigences déclaratives ou sur des contrôles a posteriori. Le seuil de 150 000 euros s’éclaire dans ce contexte : il fonctionne comme une soupape de proportionnalité, destinée à ne pas écraser les très petites structures — souvent des associations d’élus ou des consultants indépendants — sous une charge administrative disproportionnée.

Cette lecture est utile pour décider. La dérogation n’a pas été conçue comme un régime d’optimisation durable, mais comme un aménagement pour les structures dont l’activité reste modeste. La traiter comme une stratégie de long terme revient à s’interdire de grandir.

Trois situations types

L’association départementale d’élus qui forme uniquement les élus de son territoire, pour un volume annuel de quelques dizaines de milliers d’euros, statuts limités à ce public : elle relève pleinement de la dérogation, et a intérêt à y rester tant que son modèle ne change pas.

Le cabinet de conseil aux collectivités qui ajoute une activité de formation des élus à son offre existante : l’exclusivité est hors d’atteinte dès le départ. Certification requise, agrément en plus, les deux en parallèle.

L’organisme de formation généraliste déjà certifié qui veut ouvrir un segment élus : la question de la dérogation ne se pose même pas. Il lui manque uniquement l’agrément — voir notre article sur la construction du dossier.

Dans les trois cas, une échéance mérite d’être suivie indépendamment de la question de la certification : l’agrément lui-même expire. Il vaut deux ans la première fois, quatre ans au renouvellement, et il devient caduc sans avertissement si la demande de renouvellement n’est pas déposée au moins trois mois avant l’échéance. Un organisme certifié dont l’agrément est caduc se retrouve exactement dans la même situation qu’un organisme non certifié : hors du cadre financé. Nous détaillons ce calendrier dans notre article sur le renouvellement et la caducité.

Passez à l’action

Faites le calcul avant la fin de l’exercice, pas après : additionnez ce que vous percevez des collectivités au titre de la formation de leurs élus et ce qui vous vient du fonds individuel des élus, puis relisez vos statuts pour vérifier la clause d’exclusivité. Si le total approche du seuil ou si vous envisagez d’autres publics, lancez la démarche de certification maintenant. La fiche Agrément des organismes de formation des élus locaux récapitule l’articulation entre les deux dispositifs et donne accès à notre guide complet.

FAQ

Questions fréquentes

+Un organisme agréé pour former les élus locaux doit-il être certifié Qualiopi ?

En principe oui, l'obligation de certification qualité s'appliquant aux prestataires bénéficiant de fonds publics ou mutualisés, ce qui inclut le champ de la formation des élus locaux depuis le 1er janvier 2024. Une dérogation existe pour les organismes dont l'activité de formation est exclusivement destinée aux élus locaux et dont les sommes annuelles perçues des collectivités et du fonds DIFE restent inférieures à 150 000 euros.

+Les deux conditions de la dérogation sont-elles cumulatives ?

Oui. Il faut à la fois que l'activité de formation soit exclusivement destinée aux élus locaux — la limitation devant apparaître explicitement dans les statuts de l'organisme — et que le total annuel perçu des collectivités territoriales au titre de la formation de leurs élus et du fonds DIFE reste sous le seuil de 150 000 euros. Si l'une des deux conditions tombe, la dérogation tombe.

+La certification qualité remplace-t-elle l'agrément ministériel ?

Non, jamais. Ce sont deux dispositifs distincts et cumulatifs : l'agrément est une autorisation d'exercer sur un segment réservé, délivrée par le ministre chargé des collectivités territoriales après avis du CNFEL ; la certification atteste la conformité du processus de formation. Un organisme certifié mais non agréé n'a pas le droit de former les élus dans le cadre financé.

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