Comment obtenir la carte professionnelle immobilière : conditions et démarches
Ouvrir une agence immobilière, reprendre un cabinet de gestion, s’installer comme syndic : dans les trois cas, le point de passage obligé porte le même nom. La carte professionnelle immobilière est le titre qui autorise à se livrer, à titre habituel, à l’entremise ou à la gestion d’immeubles et de fonds de commerce pour le compte d’autrui. Sans elle, l’activité est un délit, pas une irrégularité. Voici le parcours, dans l’ordre.
Une activité réservée par la loi Hoguet
La loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, et son décret d’application n° 72-678 du 20 juillet 1972 réservent aux titulaires d’une carte l’ensemble des opérations d’entremise et de gestion portant sur les biens d’autrui : vente, achat, location, gestion locative, syndic de copropriété, vente de listes.
Deux mots délimitent le champ. « Habituel » exclut l’opération isolée : vendre son propre bien ne rend personne agent immobilier. « Pour le compte d’autrui » exclut le marchand de biens, qui achète et revend pour son propre compte et relève d’un autre régime.
Cette régulation à l’entrée répond à un problème économique documenté. Steven Levitt et Chad Syverson, dans « Market Distortions When Agents Are Better Informed: The Value of Information in Real Estate Transactions », publié en 2008 dans la Review of Economics and Statistics, montrent que les logements détenus par les agents eux-mêmes se vendent en moyenne plus cher et restent plus longtemps sur le marché que ceux de leurs clients (voir l’étude). Quand l’intermédiaire en sait davantage que son client, l’encadrement de la profession devient l’un des rares leviers de protection.
Étape 1 — Choisir les mentions
La carte porte des mentions qui délimitent l’activité autorisée : « transactions sur immeubles et fonds de commerce » (carte T), « gestion immobilière » (carte G), « syndic de copropriété » (carte S), auxquelles s’ajoutent « marchand de listes » et « prestations touristiques ».
Le cumul est possible et fréquent. Une agence de transaction qui ouvre un service de gestion locative ajoute une mention plutôt que de créer une seconde structure. Le détail de la répartition est expliqué dans notre article sur la différence entre carte T, carte G et carte S.
Point de vigilance : les mentions doivent correspondre à l’objet social de la société et aux activités réellement exercées.
Étape 2 — Justifier l’aptitude professionnelle
C’est la condition qui bloque le plus de dossiers. Les articles 11 à 14 du décret n° 72-678 ouvrent deux voies.
Par le diplôme. L’aptitude est reconnue au titulaire d’un diplôme délivré par l’État ou en son nom, sanctionnant des études juridiques, économiques ou commerciales d’un niveau au moins égal à bac+3. Le BTS professions immobilières est également admis, de même que le diplôme de l’institut d’études économiques et juridiques appliquées à la construction et à l’habitation, et des titres enregistrés au répertoire national des certifications professionnelles de niveau équivalent.
Par l’expérience. À défaut de diplôme, dix ans d’emploi dans une activité relevant de la loi Hoguet chez un titulaire de carte suffisent. La durée est ramenée à quatre ans lorsque l’emploi occupé était un emploi de cadre, ou pour les personnes ayant occupé un emploi public de catégorie A ou de niveau équivalent.
Les pièces attendues sont précises — certificats de travail, bulletins de paie, attestations d’employeur. Notre article détaillé sur l’aptitude professionnelle par le diplôme ou par l’expérience reprend les deux voies point par point.
Étape 3 — Honorabilité, assurance, garantie financière
Trois conditions complètent l’aptitude, vérifiées à la délivrance puis à chaque renouvellement.
L’honorabilité. Le demandeur ne doit pas être frappé d’une incapacité ou d’une interdiction d’exercer. La loi vise notamment des condamnations définitives pour crime, vol, escroquerie, abus de confiance, recel, faux, blanchiment ou banqueroute. Pour une société, la condition est appréciée pour les représentants légaux et statutaires.
L’assurance de responsabilité civile professionnelle. Obligatoire dans tous les cas, sans exception, y compris pour une carte sans maniement de fonds.
La garantie financière. Elle n’est exigée que si le professionnel reçoit ou détient des fonds pour le compte de ses clients : dépôts de garantie, loyers, fonds de copropriété, séquestres. Son montant minimal est de 110 000 € par activité exercée, ramené à 30 000 € par activité pendant les deux premières années, sauf pour une société dont l’un des représentants légaux a déjà exercé une activité immobilière. Elle est délivrée par un garant habilité : établissement de crédit, entreprise d’assurance ou organisme de garantie collective.
Une agence qui choisit de ne jamais détenir de fonds produit une déclaration de non-détention. C’est un choix structurant : il interdit d’encaisser un dépôt de garantie ou un séquestre.
Étape 4 — Déposer le dossier en CCI
La demande se dépose auprès de la chambre de commerce et d’industrie territoriale du siège de l’entreprise, sur le formulaire Cerfa n° 15312, commun à la demande initiale et au renouvellement.
Le dossier réunit, selon les situations : le formulaire signé par le chef d’entreprise ou le représentant légal, les justificatifs d’identité, l’extrait d’immatriculation de la société, les pièces d’aptitude professionnelle, l’attestation d’assurance de responsabilité civile professionnelle, l’attestation de garantie financière ou la déclaration de non-détention de fonds, et le règlement de la redevance fixée par la CCI.
Deux erreurs reviennent souvent. La première consiste à déposer avant l’immatriculation de la société, alors que l’extrait d’immatriculation fait partie des pièces. La seconde consiste à sous-estimer les délais : l’instruction dépend de la CCI et de la complétude du dossier, et une aptitude fondée sur l’expérience ou sur un diplôme étranger demande une instruction plus longue.
Une fois la carte délivrée, le titulaire est inscrit au fichier national des professionnels de l’immobilier tenu par CCI France, consultable en ligne par les clients comme par les confrères.
Étape 5 — Habiliter les collaborateurs
La carte est délivrée à l’entreprise ou à l’entrepreneur individuel. Elle ne couvre pas les personnes qui travaillent pour lui.
Chaque collaborateur — salarié négociateur, agent commercial indépendant, mandataire de réseau — qui participe aux activités d’entremise ou de gestion doit disposer d’une attestation d’habilitation délivrée par la CCI à la demande du titulaire, sur le formulaire Cerfa n° 15315. Elle est nominative et ne peut être délivrée qu’à une personne physique. Le sujet est développé dans notre article sur l’attestation de collaborateur.
Étape 6 — Tenir le cycle de trois ans
La carte est délivrée pour trois ans. Le renouvellement se demande auprès de la CCI dans les deux mois qui précèdent la date d’expiration, et suppose d’avoir satisfait à l’obligation de formation continue instaurée par la loi ALUR du 24 mars 2014 et précisée par le décret n° 2016-173 du 18 février 2016 : 14 heures par an, ou 42 heures sur trois années consécutives.
Le retard ne se rattrape pas. À l’expiration, le titulaire est retiré du fichier national, et la poursuite de l’activité tombe sous le coup de l’article 14 de la loi Hoguet, qui punit l’exercice sans carte de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende.
Passez à l’action
Vérifiez votre aptitude professionnelle auprès de la CCI de votre futur siège avant d’engager la moindre dépense : c’est là que se jouent la plupart des refus. Notre fiche complète sur la carte professionnelle immobilière récapitule les mentions, les conditions et les démarches, et le panorama des certifications et agréments professionnels vous situe ce titre parmi les autres dispositifs français.
Questions fréquentes
+Qui délivre la carte professionnelle immobilière ?
La chambre de commerce et d'industrie territoriale du siège de l'entreprise. Les CCI sont compétentes depuis le 1er juillet 2015, en application du décret n° 2015-702, en lieu et place des préfectures.
+Faut-il créer sa société avant de demander la carte ?
Oui dans la plupart des cas : l'extrait d'immatriculation figure parmi les pièces du dossier. La carte est délivrée à la personne physique ou morale qui exerce l'activité, pas à un projet.
+Combien de temps la carte est-elle valable ?
Trois ans. Le renouvellement se demande auprès de la CCI dans les deux mois qui précèdent la date d'expiration, et suppose d'avoir suivi la formation continue prévue par la loi ALUR.