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Attestation de collaborateur immobilier : qui doit l'avoir et comment l'obtenir

C’est l’angle mort du dispositif de la loi Hoguet. Une agence obtient sa carte professionnelle, recrute trois négociateurs, ouvre ses portes — et personne ne s’aperçoit que les trois négociateurs exercent une activité réservée sans y être habilités. L’attestation de collaborateur, parfois appelée « carte blanche » dans le langage courant, est le document qui manque. Voici ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas.

Le principe : la carte ne couvre pas l’équipe

La carte professionnelle est délivrée à la personne — physique ou morale — qui exerce l’activité réglementée. Elle n’étend pas automatiquement son effet aux personnes qui travaillent pour son titulaire.

Or les activités visées par la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 sont réservées. Dès qu’un collaborateur participe à l’entremise ou à la gestion — prospecter, faire visiter, négocier, faire signer un mandat, gérer un bien — il exerce une part de l’activité réglementée. Il lui faut donc un titre.

Ce titre est l’attestation d’habilitation, délivrée par la chambre de commerce et d’industrie territoriale à la demande du titulaire de la carte, et non à la demande du collaborateur lui-même.

Qui doit en détenir une

Le périmètre est large et couvre des statuts très différents :

  • les négociateurs salariés de l’agence ;
  • les agents commerciaux indépendants travaillant pour le compte d’un titulaire ;
  • les mandataires de réseaux rattachés à une tête de réseau titulaire d’une carte ;
  • plus généralement, toute personne physique qui participe, pour le compte du titulaire, aux opérations visées par la loi Hoguet.

Deux précisions importantes.

Seule une personne physique peut être titulaire d’une attestation de collaborateur. Une société ne peut pas être habilitée comme collaboratrice : si elle exerce l’activité, il lui faut sa propre carte.

L’attestation ne se substitue pas à la carte lorsque le collaborateur bascule à son compte. Un mandataire qui commence à s’entremettre en son nom propre et pour son propre compte sort du champ de l’habilitation et doit demander une carte professionnelle, avec toutes les conditions qui l’accompagnent — aptitude professionnelle, honorabilité, assurance, garantie financière le cas échéant. Le parcours est décrit dans notre article sur l’obtention de la carte professionnelle immobilière.

Comment la demander

La demande est faite par le titulaire de la carte, sur le formulaire Cerfa n° 15315, signé par le chef d’entreprise ou le représentant légal et adressé à la CCI compétente.

L’attestation est nominative et précise l’étendue de l’habilitation : les activités que le collaborateur peut exercer, et notamment s’il est ou non autorisé à recevoir des fonds. Ce point mérite d’être arbitré consciemment : habiliter un négociateur à recevoir des fonds engage la garantie financière de l’agence.

Deux réflexes d’hygiène administrative évitent l’essentiel des ennuis :

  • demander l’attestation avant la première mise en relation, pas après la première signature ;
  • signaler la fin de la collaboration à la CCI lorsqu’un collaborateur quitte l’agence, pour que le registre reflète la réalité.

Ce que l’on risque à s’en passer

L’absence d’habilitation n’est pas un simple défaut de paperasse.

Le collaborateur non habilité exerce une activité réservée : l’article 14 de la loi Hoguet punit de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende le fait de se livrer habituellement aux opérations visées sans détenir le titre requis.

Sur le terrain civil, la conséquence est plus immédiate encore : le mandat obtenu et la commission qui en découle se trouvent fragilisés, et un client mécontent dispose d’un argument sérieux pour en contester le paiement. Le titulaire de la carte, lui, s’expose aux suites disciplinaires prévues par le cadre de la loi Hoguet et par le code de déontologie fixé par le décret n° 2015-1090 du 28 août 2015, qui impose notamment une obligation d’organisation et de gestion de l’entreprise.

L’habilitation n’exonère pas de la formation

L’attestation ouvre l’exercice, elle ne dispense pas de l’entretenir. Le décret n° 2016-173 du 18 février 2016 soumet à l’obligation de formation continue les titulaires de carte et leurs collaborateurs, salariés ou non, titulaires d’une attestation d’habilitation : 14 heures par an, ou 42 heures sur trois années consécutives, dont au moins deux heures de non-discrimination dans l’accès au logement et deux heures sur les autres règles déontologiques depuis le décret n° 2020-1259 du 14 octobre 2020.

Un dirigeant à jour de ses heures peut donc être en défaut à cause de son équipe. Le détail de l’obligation figure dans notre article sur la formation loi ALUR.

Pourquoi le législateur a lié chaque intervenant à un responsable

Le mécanisme peut sembler lourd. Il répond à une caractéristique bien étudiée du courtage immobilier : lorsque l’entrée dans le métier est peu contrôlée et la rémunération assise sur une commission largement standardisée, le nombre d’intervenants augmente sans que la qualité du service suive. Panle Jia Barwick et Parag Pathak, dans « The Costs of Free Entry: An Empirical Study of Real Estate Agents in Greater Boston », publié en 2015 dans le RAND Journal of Economics, documentent précisément cette dégradation de la qualité moyenne du service à mesure que les agents entrent sur le marché (voir l’étude).

L’habilitation nominative est la réponse française : chaque personne qui intervient auprès d’un client est rattachée, nommément, à un titulaire de carte identifiable, assuré et responsable.

Habilitation, contrat de travail et statut : trois questions distinctes

Une confusion tenace mérite d’être levée : l’attestation d’habilitation est un titre administratif d’exercice, pas un statut, pas un contrat.

Elle ne crée aucun lien de subordination et ne requalifie rien : un agent commercial habilité reste un indépendant, un négociateur salarié reste un salarié. Elle ne remplace pas non plus le mandat ou le contrat qui organise la relation entre l’agence et son collaborateur, ni les formalités d’enregistrement propres au statut choisi.

Trois éléments cohabitent donc, et il faut les trois : le contrat ou le mandat qui définit la relation, le statut juridique du collaborateur et ses formalités propres, et l’attestation d’habilitation qui l’autorise à intervenir dans le champ réservé de la loi Hoguet. Un dossier bien tenu conserve les trois pour chaque personne.

Trois points à vérifier dans votre agence

  1. Un tableau nominatif à jour : une ligne par collaborateur, la date de demande de l’attestation, l’étendue de l’habilitation, la date de fin de collaboration le cas échéant.
  2. La cohérence avec les mandats : le nom qui figure sur un mandat de vente ou de gestion doit correspondre à une personne habilitée. La répartition des activités entre mentions est expliquée dans notre article sur la différence entre carte T, carte G et carte S.
  3. Le compteur de formation par personne, tenu depuis le premier jour de collaboration et non reconstitué à l’approche du renouvellement.

Passez à l’action

Faites la liste de toutes les personnes qui, dans votre agence, entrent en contact avec un client à propos d’un bien, puis vérifiez qu’une attestation d’habilitation existe pour chacune. Notre fiche complète sur la carte professionnelle immobilière détaille le régime du titulaire et celui de ses collaborateurs.

FAQ

Questions fréquentes

+Un agent commercial immobilier doit-il avoir sa propre carte professionnelle ?

Non, tant qu'il agit pour le compte d'un titulaire de carte : il lui faut alors une attestation d'habilitation délivrée par la CCI à la demande de ce titulaire. Dès qu'il exerce l'entremise en son nom propre et pour son propre compte, la carte devient obligatoire.

+L'attestation suit-elle le négociateur quand il change d'agence ?

Non. L'attestation est délivrée à la demande d'un titulaire de carte déterminé et vaut pour la collaboration avec lui. En cas de changement, la nouvelle agence doit en demander une nouvelle et l'ancienne signaler la fin de la collaboration.

+Un collaborateur habilité doit-il suivre la formation loi ALUR ?

Oui. Le décret n° 2016-173 du 18 février 2016 vise les titulaires de la carte professionnelle et leurs collaborateurs, salariés ou non, titulaires d'une attestation d'habilitation : 14 heures par an ou 42 heures sur trois années consécutives.

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