Certifications7 min de lecture

Faire certifier son examen par l'AMF : le parcours de l'organisme de formation

Pour un organisme de formation positionné sur les métiers de la banque, de la finance ou du conseil en investissements, faire passer l’examen certifié par l’AMF change la nature de l’offre : on ne vend plus seulement une préparation, on délivre l’attestation qui satisfait à l’obligation réglementaire de l’employeur. Encore faut-il obtenir la certification de son examen par le régulateur. Voici le parcours, et surtout ce qu’il engage dans la durée.

Ce que l’AMF certifie — et ce qu’elle ne certifie pas

Première clarification, parce qu’elle détermine tout le reste : l’AMF certifie l’examen d’un organisme de formation, pas les personnes qui le réussissent, ni la qualité pédagogique de la préparation vendue autour.

Concrètement, la certification atteste que votre organisme est en mesure d’organiser des examens de vérification des connaissances minimales dans des conditions contrôlées. Elle vous autorise à tenir les sessions, à corriger et à délivrer les attestations de réussite. Elle vous fait figurer sur la liste des organismes certifiés publiée par l’AMF — ce qui constitue, en pratique, votre principal canal d’acquisition.

Elle ne dit rien, en revanche, de votre processus de formation, ni de votre capacité à faire financer vos prestations. Cette seconde dimension relève d’un autre dispositif, sur lequel nous revenons plus bas.

Le dossier : ce que demande l’instruction DOC-2010-09

La procédure est décrite par l’instruction AMF DOC-2010-09, qui fixe les conditions de certification d’un organisme de formation pour faire passer l’examen relatif aux connaissances professionnelles des acteurs de marché.

Le principe : l’organisme doit démontrer sa capacité à organiser des examens. Le dossier de candidature prévu par l’instruction est déposé auprès de l’AMF, accompagné d’exemplaires d’examen — en français, et le cas échéant en anglais — dont les questions sont numérotées selon les conventions demandées.

Ce format en dit long sur ce qui est attendu. Il ne s’agit pas de décrire une intention pédagogique, mais de produire des examens réels, conformes à la structure du socle défini par l’AMF après avis du Haut conseil certificateur de place. Autrement dit : l’essentiel du travail de candidature est un travail de conception d’épreuves.

Trois obligations qui structurent la vie d’un organisme certifié

La certification obtenue n’est pas un acquis passif. Trois obligations rythment ensuite l’activité.

L’entretien de la banque de questions. Les questions sont mises à jour au moins une fois par an, afin de suivre les évolutions réglementaires et de marché. Ce n’est pas un entretien cosmétique : dans un examen de vérification des connaissances, une question devenue fausse à la suite d’une évolution réglementaire est un défaut sérieux. Cette charge doit être budgétée comme un coût récurrent, avec une ressource identifiée pour l’assumer.

Les règles de la base commune d’examens. Les organismes certifiés partagent une base commune : chacun fournit et entretient ses questions et réponses, et peut en contrepartie utiliser l’ensemble de la base pour son propre examen. Ce mécanisme mutualise la qualité de la banque de questions plutôt que de la faire dépendre des moyens de chacun — mais il suppose de jouer le jeu de l’alimentation, pas seulement celui de l’usage.

Le rapport d’information triennal. L’organisme certifié transmet à l’AMF un rapport d’information tous les trois ans. C’est le rendez-vous de suivi du dispositif, à préparer comme tel plutôt qu’à découvrir à l’échéance.

Pourquoi la qualité des questions est le vrai sujet

Un organisme qui aborde la conception d’examens comme une formalité administrative passe à côté de l’essentiel. La recherche en psychologie de l’apprentissage éclaire ce qui se joue dans une épreuve à choix multiples.

Henry Roediger et Jeffrey Karpicke, dans « Test-Enhanced Learning: Taking Memory Tests Improves Long-Term Retention », publié en 2006 dans Psychological Science, ont montré que le fait de se tester produit une rétention à long terme nettement supérieure à la relecture répétée du même contenu. Un examen bien conçu n’est donc pas seulement un instrument de mesure : c’est un moment d’apprentissage.

Andrew Butler et Henry Roediger, dans « Feedback enhances the positive effects and reduces the negative effects of multiple-choice testing », publié en 2008 dans Memory & Cognition, ont établi le revers de la médaille : le format à choix multiples expose les candidats à des propositions fausses plausibles, ce qui peut installer des connaissances erronées — un effet que la correction, immédiate ou différée, réduit fortement (voir l’étude).

Pour un organisme certifié, la conclusion est opérationnelle : la qualité des propositions fausses compte autant que celle de la bonne réponse, et la valeur ajoutée pédagogique se joue largement dans la correction fournie aux candidats.

Préparation, passage, ou les deux : trancher le modèle

Trois positionnements coexistent sur ce marché, et ils n’engagent pas les mêmes démarches.

Positionnement Certification AMF nécessaire ? Ce qu’il faut prévoir
Préparation seule Non Indiquer clairement où les stagiaires passeront l’épreuve ; partenariat avec un organisme certifié
Passage d’examen seul Oui Conception et entretien des épreuves, tenue des sessions, délivrance des attestations
Préparation et passage Oui Les deux charges, avec une vigilance particulière sur l’étanchéité entre préparation et épreuve

Le troisième modèle est le plus rentable, et le plus exigeant en organisation. Il suppose notamment que la préparation vendue ne se confonde pas avec l’épreuve elle-même, sous peine de vider la vérification de son sens.

L’articulation avec Qualiopi

C’est l’erreur de raisonnement la plus fréquente chez les organismes qui se lancent : croire que la certification obtenue auprès du régulateur financier couvre le champ de la formation.

La certification de l’AMF porte sur un examen. La certification Qualiopi porte sur un processus de formation et conditionne l’accès aux fonds publics et mutualisés. Un organisme certifié par l’AMF mais non certifié Qualiopi peut faire passer l’épreuve ; il ne peut pas faire financer par un OPCO ou par le compte personnel de formation la préparation qu’il vend autour. À l’inverse, un organisme certifié Qualiopi peut vendre une préparation financée sans être certifié par l’AMF, à condition d’adresser ses candidats à un organisme certifié pour l’épreuve.

Les deux démarches sont donc parallèles, avec des calendriers et des logiques distincts. Notre fiche sur la certification Qualiopi détaille la seconde ; notre article sur certification AMF et Qualiopi compare point par point ce que chacune atteste.

Pour aller plus loin

Notre article sur les fonctions visées et le délai de six mois décrit la demande à laquelle votre offre répond, et celui sur le module finance durable présente la seconde certification, distincte, que vous pouvez viser.

Passez à l’action

Avant de rédiger quoi que ce soit, procurez-vous l’instruction DOC-2010-09 et lisez le dossier de candidature à l’envers : partez des exemplaires d’examen demandés, et vérifiez que vous êtes en mesure de les produire à ce niveau d’exigence. Chiffrez ensuite la charge annuelle d’entretien de la banque de questions — c’est elle, et non le dossier initial, qui détermine la viabilité du modèle. La fiche complète du dispositif, avec les démarches et les questions fréquentes, est ici : la certification professionnelle AMF.

FAQ

Questions fréquentes

+Faut-il être certifié par l'AMF pour préparer à l'examen ?

Non. Vendre une préparation à l'examen ne suppose aucune certification du régulateur. La certification de l'AMF est nécessaire pour faire passer l'épreuve et délivrer les attestations de réussite. Un organisme peut donc préparer sans faire passer — il doit alors indiquer clairement à ses stagiaires où ils passeront l'examen.

+La certification d'un organisme expire-t-elle ?

L'instruction ne prévoit pas d'échéance qui l'éteindrait automatiquement, mais l'organisme certifié transmet à l'AMF un rapport d'information tous les trois ans et reste soumis aux obligations qui accompagnent la certification, dont l'entretien de sa banque de questions.

+La certification de l'examen général couvre-t-elle le module finance durable ?

Non. L'examen consacré à la finance durable fait l'objet d'une procédure de certification distincte, décrite par l'instruction DOC-2021-03, avec ses propres caractéristiques d'examen, son dossier de candidature et ses obligations.

À lire ensuite