Certification AMF et Qualiopi : deux exigences qui ne se remplacent pas
Un organisme de formation qui se positionne sur la préparation à l’examen AMF croise deux dispositifs portant le mot « certification », délivrés par deux autorités différentes, sur deux objets différents. Les confondre conduit à des promesses commerciales inexactes et, plus prosaïquement, à découvrir tard qu’une partie du chiffre d’affaires attendu n’est pas finançable.
Deux objets, deux autorités
| Certification par l’AMF | Certification Qualiopi | |
|---|---|---|
| Qui délivre | L’Autorité des marchés financiers | Un organisme certificateur accrédité ou autorisé |
| Objet | L’examen de vérification des connaissances d’un organisme | Le processus de formation de l’organisme |
| Référence | Instruction DOC-2010-09 (et DOC-2021-03 pour la finance durable) | Le Référentiel National Qualité et ses 32 indicateurs |
| Ce qu’elle autorise | Faire passer l’épreuve, délivrer les attestations de réussite | Faire financer ses actions par des fonds publics ou mutualisés |
| Ce qu’elle ne dit pas | Rien de votre pédagogie ni de votre financement | Rien de votre capacité à faire passer un examen réglementé |
La lecture de ce tableau se résume à une phrase : la certification de l’AMF ouvre le droit de faire passer l’épreuve, la certification Qualiopi ouvre l’accès au financement de la formation. Ce ne sont pas deux niveaux d’une même échelle, ce sont deux portes distinctes.
Le cas concret qui revient le plus souvent
Un organisme spécialisé dans la formation bancaire vend un parcours de préparation à l’examen AMF à une population de conseillers, puis organise le passage de l’épreuve. Deux flux, deux régimes.
Le parcours de préparation est une action de formation. Si l’employeur veut la faire financer par son OPCO, ou si un candidat individuel mobilise son compte personnel de formation, l’organisme doit être certifié Qualiopi. Sans cette certification, la vente reste possible, mais uniquement sur fonds propres de l’entreprise cliente ou du particulier — ce qui, sur ce marché, réduit fortement le volume.
Le passage de l’épreuve relève de la certification de l’AMF. Un organisme qui ne l’a pas doit adresser ses candidats à un organisme certifié, ce qui est parfaitement admis à condition de l’annoncer clairement.
Le cas inverse existe aussi : un organisme certifié par l’AMF, très bien positionné sur le passage d’examen, qui découvre qu’il ne peut pas répondre à un appel d’offres d’un grand réseau parce que le financement passe par un OPCO et qu’il n’est pas certifié Qualiopi.
Ce que Qualiopi exige, en pratique, sur ce type d’offre
La certification Qualiopi atteste la conformité au Référentiel National Qualité. Trois exigences se révèlent particulièrement structurantes pour une offre de préparation à un examen réglementé.
L’information sur les prestations. Les objectifs, les prérequis, les modalités et les délais d’accès doivent être publics et exacts. Sur ce marché, cela implique de dire clairement ce que le parcours couvre, où se passe l’épreuve, et ce que l’attestation obtenue permet — sans laisser croire que votre organisme « certifie » le stagiaire au nom du régulateur.
L’adaptation aux publics. Un parcours conçu pour des profils venus des marchés ne fonctionne pas tel quel pour des profils venus du droit ou de la conformité : le socle vérifié comporte deux volets très différents, et le besoin réel n’est pas le même selon l’origine professionnelle.
Les résultats et leur exploitation. Le taux de réussite à l’épreuve est une donnée que ce marché regarde. Le référentiel demande d’ailleurs de mesurer les résultats et d’en tirer des conséquences sur l’offre.
Un signal de compétence, deux mécanismes
Ces deux certifications relèvent d’une même famille de mécanismes : réduire l’incertitude d’un acheteur qui ne peut pas vérifier lui-même la qualité de ce qu’il achète.
Morris Kleiner et Alan Krueger, dans « Analyzing the Extent and Influence of Occupational Licensing on the Labor Market », publié en 2013 dans le Journal of Labor Economics, montrent à partir d’une enquête nationale que la part de la population active soumise à une licence ou à une certification est considérable et que ces dispositifs sont associés à des écarts de rémunération significatifs (voir l’étude). Leur travail rappelle un point utile : ces dispositifs produisent un signal, et la valeur du signal dépend de ce qu’il atteste précisément. D’où l’importance de ne pas laisser un acheteur croire qu’une certification en couvre une autre.
Trancher son modèle avant de lancer les démarches
Trois questions suffisent en général à savoir par où commencer.
- Vos formations doivent-elles être financées par des fonds publics ou mutualisés ? Si oui, Qualiopi est un préalable de marché, quel que soit votre positionnement sur l’examen.
- Votre valeur ajoutée est-elle la préparation ou le passage de l’épreuve ? Si c’est le passage, la certification de votre examen par l’AMF passe devant, avec la charge d’entretien de la banque de questions qu’elle implique.
- Visez-vous aussi le module finance durable ? Il fait l’objet d’une certification distincte, décrite par l’instruction DOC-2021-03 : la certification obtenue pour l’examen général ne l’emporte pas.
Pour aller plus loin
Notre article sur le parcours de certification d’un organisme par l’AMF détaille le dossier et les obligations qui suivent, celui sur les fonctions visées décrit la demande à laquelle votre offre répond, et la fiche Qualiopi rappelle ce que couvre le Référentiel National Qualité.
Passez à l’action
Posez à plat votre catalogue et marquez, ligne par ligne, ce qui relève de la formation financée et ce qui relève du passage d’épreuve : la réponse à « quelle certification me manque ? » apparaît d’elle-même. Vérifiez ensuite le vocabulaire de vos supports commerciaux — « organisme certifié par l’AMF pour faire passer l’examen » et « organisme certifié Qualiopi » ne sont pas interchangeables. La fiche complète du dispositif, avec les démarches et les questions fréquentes, est ici : la certification professionnelle AMF.
Questions fréquentes
+Être certifié par l'AMF dispense-t-il de Qualiopi ?
Non. La certification de l'AMF porte sur un examen ; la certification Qualiopi porte sur un processus de formation et conditionne l'accès aux fonds publics et mutualisés. Un organisme certifié par l'AMF qui veut faire financer ses formations par un OPCO ou le compte personnel de formation doit être certifié Qualiopi.
+Peut-on préparer à l'examen AMF sans être certifié par l'AMF ?
Oui. Vendre une préparation ne suppose aucune certification du régulateur financier. L'organisme doit simplement indiquer clairement à ses stagiaires auprès de quel organisme certifié ils passeront l'épreuve, ce que l'exigence d'information sur les prestations impose de toute façon aux organismes certifiés Qualiopi.
+Par laquelle commencer ?
Cela dépend du modèle économique. Si vos formations doivent être financées, Qualiopi est le chantier prioritaire, car sans elle une partie du marché vous est fermée. Si votre valeur ajoutée est le passage de l'épreuve, la certification de votre examen par l'AMF passe devant.