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CPF et formateur non qualifié : l’organisme peut devoir rembourser (article 71 de la loi anti-fraude 2026)

Une formation financée par le CPF s’est bien déroulée, le stagiaire est allé au bout, tout semblait en ordre — et pourtant l’organisme reçoit une demande de remboursement de la Caisse des Dépôts. Depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, déjà connue pour avoir durci les motifs d’annulation du NDA et créé un régime d’amendes administratives et de publicité des sanctions, ce scénario devient possible pour un motif qui ne relève pas de la fraude intentionnelle : l’absence de qualification du formateur qui a animé l’action.

Ce que prévoit l’article 71 de la loi

L’article 71 de la loi du 25 juin 2026 élargit la liste des situations dans lesquelles une action financée par le CPF est réputée non réalisée, quand bien même elle a matériellement eu lieu. Selon les premières analyses juridiques disponibles, figure désormais parmi ces cas celui où le formateur qui a dispensé l’action ne dispose pas des diplômes, certificats ou qualifications requis pour la certification visée. Concrètement, la loi ne sanctionne plus seulement l’absence de réalisation de la formation elle-même : elle sanctionne aussi une réalisation par une personne qui n’avait pas la compétence attestée pour le faire.

Cette qualification requise n’a rien d’un standard uniforme : elle dépend du référentiel de la certification visée par la formation. Un titre inscrit au RNCP ou une certification du Répertoire spécifique précise fréquemment, dans son référentiel de certification ou son dossier de délivrance, les compétences ou l’expérience professionnelle minimale attendues des personnes habilitées à former ou à évaluer les candidats. C’est cette cohérence entre le formateur mobilisé et les exigences propres à la certification préparée que le texte vient sanctionner financièrement lorsqu’elle fait défaut.

Une action « réputée non réalisée » : quelle différence avec une simple non-conformité

Jusqu’ici, un défaut de qualification d’un formateur relevait avant tout du terrain Qualiopi : c’est l’indicateur 21 sur les compétences des intervenants qui exige de démontrer, pièces à l’appui, l’adéquation entre chaque intervenant et les prestations qui lui sont confiées — voir notre guide du dossier de compétences des intervenants pour les pièces attendues. Une carence sur ce point exposait l’organisme à une non-conformité lors de l’audit, avec un délai pour corriger avant que la certification elle-même ne soit menacée.

L’article 71 ajoute une conséquence financière immédiate et distincte : si l’action est réputée non réalisée, les fonds CPF perçus pour cette session précise deviennent un indu, réclamé par la Caisse des Dépôts, indépendamment du calendrier d’un audit Qualiopi. Le stagiaire a beau avoir suivi la formation dans son intégralité, cela ne fait pas obstacle à la demande de remboursement : c’est la qualification du formateur qui conditionne la validité de l’action au regard du financement, pas seulement l’assiduité du bénéficiaire.

Le sous-traitant ne protège pas le donneur d’ordre

Ce point mérite une attention particulière pour tout organisme qui fait appel à des formateurs externes. Depuis avril 2024, le sous-traitant qui réalise des actions CPF doit détenir sa propre certification Qualiopi — une obligation distincte, qui porte sur le statut du prestataire, pas sur la qualification individuelle de chaque formateur qu’il mobilise. Un sous-traitant parfaitement certifié Qualiopi peut malgré tout faire intervenir un formateur qui ne remplit pas, pour une certification donnée, la qualification exigée par son référentiel.

Or c’est l’organisme donneur d’ordre, celui qui a perçu les fonds via EDOF, qui reste exposé vis-à-vis de la Caisse des Dépôts en cas de manquement constaté chez un sous-traitant. C’est exactement la logique déjà à l’œuvre dans la révision de l’indicateur 27 par le décret du 1er août 2026, qui impose désormais une traçabilité contractuelle de la conformité du sous-traitant : ce que l’un organise pour l’audit Qualiopi, l’autre l’impose maintenant pour la validité même du financement CPF. Un contrat de sous-traitance qui ne prévoit pas la transmission systématique des CV et diplômes de chaque formateur mobilisé laisse le donneur d’ordre aveugle sur un risque qu’il porte pourtant seul devant la Caisse des Dépôts.

Une majoration en cas de remboursement tardif

Le texte ne se limite pas à instaurer l’obligation de rembourser. Plusieurs analyses juridiques de la loi évoquent, à son article 60, une majoration de l’ordre de 10 % applicable en l’absence de paiement dans le délai fixé par le directeur général de la Caisse des Dépôts, un taux qui pourrait atteindre 50 % en cas de manœuvres frauduleuses avérées — à distinguer d’une simple erreur de qualification corrigée de bonne foi dès sa détection. Les modalités précises de calcul et de notification restent soumises aux textes d’application ; le principe d’une pénalité de retard, lui, est déjà posé.

Ce mécanisme s’inscrit dans un mouvement plus large de contrôle renforcé de la part de la Caisse des Dépôts sur l’écosystème CPF en 2026 : plusieurs milliers d’organismes auraient déjà été radiés d’EDOF cette année pour non-respect des critères liés à Qualiopi ou aux certifications RNCP et Répertoire spécifique, selon des données rapportées par plusieurs acteurs du secteur. Le motif de la qualification du formateur s’ajoute à cette liste de points de vigilance, avec un impact direct sur la trésorerie de l’organisme concerné, bien au-delà du seul risque de non-conformité à l’audit.

Documenter la qualification, formation par formation

La bonne pratique ne change pas dans son principe, mais sa portée s’élargit : il ne suffit plus de constituer un dossier de compétences général par formateur, il faut pouvoir rattacher explicitement chaque formateur à chaque certification qu’il prépare.

  • Relire le référentiel de chaque certification préparée (RNCP ou Répertoire spécifique) pour identifier les exigences précises, quand elles existent, sur le profil des formateurs et évaluateurs habilités.
  • Constituer, pour chaque formateur, un dossier qui croise diplômes, certifications et expérience professionnelle avec la ou les certifications qu’il prépare — et pas seulement avec le contenu général de la formation dispensée.
  • Étendre cette exigence aux formateurs sous-traités, en l’inscrivant explicitement dans le contrat de sous-traitance : transmission des CV et diplômes avant toute première intervention, mise à jour en cas de changement de formateur en cours de contrat.
  • Conserver ces preuves au moins jusqu’à l’expiration du délai de contrôle de la Caisse des Dépôts, au même titre que les autres pièces justificatives d’une action CPF.

Pourquoi cette logique n’a rien d’isolé

Conditionner un financement public à la qualification vérifiable du prestataire n’est pas une singularité française. Les systèmes de formation financés par des « chèques formation » (training vouchers), qui reposent sur le libre choix du bénéficiaire entre plusieurs prestataires agréés, exposent structurellement les financeurs à une asymétrie d’information sur la qualité réelle de chaque intervenant. Une synthèse de référence sur l’expérience américaine des training vouchers, publiée par Burt Barnow en 2009 dans le Journal for Labour Market Research, souligne que ces dispositifs, en délégant le choix du prestataire au bénéficiaire plutôt qu’à l’administration, nécessitent en contrepartie des mécanismes de contrôle a posteriori pour compenser cette perte de vérification en amont (voir l’étude). L’article 71 de la loi du 25 juin 2026 relève de la même logique appliquée au CPF : puisque le stagiaire choisit librement son organisme, le contrôle a posteriori de la qualification réelle du formateur devient le principal rempart contre une dérive de qualité invisible au moment de l’inscription.

Passez à l’action

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FAQ

Questions fréquentes

+Que se passe-t-il si le formateur qui a animé une action CPF n’avait pas la qualification requise ?

L’action peut être réputée non réalisée au sens de la loi du 25 juin 2026, ce qui autorise la Caisse des Dépôts à réclamer le remboursement des sommes versées à ce titre, même si la formation a bien eu lieu et que le stagiaire l’a suivie jusqu’au bout.

+L’organisme donneur d’ordre est-il responsable si le formateur défaillant est un sous-traitant ?

Oui. C’est l’organisme référencé EDOF qui a perçu les fonds CPF, donc lui qui reste exposé vis-à-vis de la Caisse des Dépôts en cas de manquement constaté chez un sous-traitant. La certification Qualiopi propre du sous-traitant, obligatoire depuis avril 2024 pour les actions CPF, ne dispense pas de vérifier la qualification de chaque formateur mobilisé.

+Qu’est-ce qu’une qualification « requise » pour un formateur, concrètement ?

Cela dépend de la certification visée : un titre RNCP ou une certification du Répertoire spécifique précise souvent, dans son référentiel, les compétences ou l’expérience attendues des personnes habilitées à former ou à évaluer. À défaut de mention explicite, une cohérence entre le diplôme, l’expérience professionnelle du formateur et le contenu enseigné reste le point de vérification attendu par un auditeur ou un contrôleur.

+Une majoration s’applique-t-elle en cas de remboursement tardif ?

Plusieurs analyses juridiques de la loi évoquent, à l’article 60, une majoration de l’ordre de 10 % en cas de non-paiement dans le délai fixé par la Caisse des Dépôts, pouvant atteindre 50 % en cas de manœuvres frauduleuses caractérisées. Les modalités précises restent à confirmer par les textes d’application.

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